Être évangélique au Québec, c’est être une bibitte rare : lorsqu’on nous découvre, on nous observe avec un mélange de fascination, d’ambivalence et de crainte. Étant pasteur, j’ai appris à prendre un vilain plaisir à voir le visage de mes interlocuteurs se tordre lorsque je réponds à la question classique : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ». Ma réponse est généralement suivie par un moment de silence puis une question : « pour vrai? ». Comme si c’était plus plausible de rencontrer un farceur qu’un pasteur.
Mais par la suite, j’ai souvent une conversation qui suit le même motif. On me questionne par rapport au fait que je sois à la fois « prêtre » et marié; je réponds que les pasteurs protestants peuvent se marier et avoir des enfants. Puis on me demande : « C’est quoi la différence entre ton « affaire » puis le catholicisme? » Parfois suivi d’un « vous protestez contre quoi les protestants? Vous ne croyez pas à Marie c’est ça? ».
Comme la plupart des évangéliques francophones, j’ai dû avoir la même conversation des dizaines de fois. Malgré que la révolution tranquille s’est achevée il y a déjà près de 50 ans, la plupart des Québécois abordent la foi à partir d’un point de référence catholique romain. Même des gens de ma génération (j’ai 34 ans) qui pour la grande majorité n’ont presque jamais mis les pieds à l’église catholique, tentent de comprendre ma foi à partir de ce modèle. Malheureusement, bien des fois je me suis perdu dans des discussions stériles au niveau de la liturgie ou de la place de Marie dans notre foi. Au final, je sentais que j’avais exprimé pourquoi « ma religion est la meilleure » en passant complètement à côté de l’essentiel : l’Évangile.
Quand on me demande « C’est quoi ta patente », je ne veux comparer nos religions, je veux parler de Jésus!
Je pense que la plupart des Évangéliques Québécois ont une expérience similaire : on nous demande souvent d’expliquer notre foi à partir d’un modèle qu’on ne connaît pas, dans une formule qui risque de nous faire tomber dans de vaines comparaisons sur des éléments secondaire. Quand on me demande « C’est quoi ta patente », je ne veux comparer nos religions, je veux parler de Jésus!
Une excellente manière d’arriver à expliquer notre foi à un interlocuteur d’un arrière-plan catholique est de le faire à partir des 5 Solas de la réforme.
La réforme : un projet de restauration
Ces cinq Solas sont cinq éléments de la foi chrétienne que les réformateurs protestants ont voulu restaurer dans la foi Catholique. Ces points ne constituent certainement pas « l’ensemble de ce qui a été enseigné durant la réforme » mais réunissent plutôt les doctrines catholiques qui ont dues être réformées. Il s’agit du « plan de rénovation de l’église » que les réformateurs ont mis en place. En ce sens, ils peuvent servir de guide pour expliquer à un interlocuteur d’arrière-plan catholique la différence entre le protestantisme et le catholicisme, tout en demeurant centré sur l’œuvre et la personne de Jésus Christ.
Il faut comprendre que la réforme protestante ne visait pas à établir une nouvelle église ou une nouvelle religion, mais à réformer l’église existante. Les réformateurs ne se voyaient pas comme des innovateurs, des gens qui devaient ajouter de nouveaux éléments à une religion ancienne et moribonde. Ils se voyaient plutôt comme des réformateurs, des gens qui tentaient de faire redécouvrir à l’église ses précieux fondements originaux qui avaient été écrasés par des siècles de tradition.
La réforme s’approche plus à un grand projet de restauration d’un édifice ancien : le but n’est pas de rénover (remplacer du vieux par du neuf), mais de restaurer (remettre à jour des éléments anciens qui ont été abîmés ou cachés par des ajouts qui étaient à une certaine époque à la mode, mais qui gâchent le dessein d’origine. Ce projet de restauration s’est amorcé il y a cinq siècles, mais demeure un projet actuel. Bien que la foi chrétienne offre une grande latitude dans ses formes d’expression, il y a toujours une tentation de « rénover » certains éléments, de mettre au goût du jour certaines doctrines quant aux Écritures, au moyen du salut, à l’exclusivité de Christ, etc. Nous croyons qu’il est d’une importance capitale pour l’église évangélique aujourd’hui d’être novatrice au niveau de ses approches, conservatrice au niveau de ses valeurs, mais restauratrice au niveau de ses doctrines essentielles.
Au cours des cinq prochaines semaines, nous explorerons ces cinq Solas qui sont :
Sola Scriptura
Sola Fides
Sola Gratia
Solus Christus
Soli Deo Gloria























