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Ces dernières semaines une certaine controverse s’est élevée entourant la mise au rancart de statues représentant des personnages historiques controversés. Cette question, qui touchait d’abord le retrait de statues de Confédérés, avait été lancée au lendemain à l’attentat de Charleston en 2015 où un suprématiste blanc entra dans une église abattit 9 de nos frères et soeurs afro-américains. Certaines villes Américaines décidèrent alors de retirer certains monuments pouvant être associés à une idéologie suprématiste blanche.

Ce n’est toutefois que dernièrement que le débat a pris de l’ampleur, débordant du contexte Américain et remettant en question la place que nous accordons à des personnages qui, bien que honorés à une certaine époque, ont commis des gestes, établis des politiques, proférés des paroles qui nous apparaissent aujourd’hui non seulement controversées, mais offensantes. Un article paru dans la presse le 25 août dernier posait la question à savoir si la statue dédiée à l’amiral Anglais qui vaincu la flotte de Napoléon à Trafalgar, Horatio Nelson, méritait toujours son piédestal dans le vieux port de Montréal. Le Globe and Mail rapportait récemment que même John A. MacDonald, le « premier » premier ministre du Canada, n’échappe pas à cette tempête alors que l’association des enseignants ontariens recommandait le retrait de son nom des différents établissements scolaires à cause de ses politiques racistes à l’égard des peuples autochtones.

Comment aborder cette question d’une perspective Évangélique? Doit-on encourager le retrait de monuments dédiés à des hommes qui ont tenu des positions que nous considérons aussi, comme chrétiens, en opposition directe avec l’Évangile? Doit-on plutôt s’y opposer à cause d’une crainte que bientôt nos propres héros seront mis au rancart à cause de valeurs chrétiennes que notre société trouverait désormais offensantes?

La réponse se trouve, à notre avis, dans la manière que les Écritures traitent elles-mêmes de personnages déterminants dans l’histoire du peuple d’Israël. Une chose frappante à la lecture des Écritures, est que les « pères de la nation » ne sont pas traités comme des héros, mais sont dépeints comme une toile du Caravage : avec des contrastes qui exposent à la fois ce qu’ils ont de lumineux, et de sombre. Abraham, le Père de la foi qui quitta sa patrie pour répondre à l’appel de Dieu est aussi présenté comme un homme lâche, prêt à « prostituer » sa femme pour obtenir faveur et protection d’hommes importants. Moïse, le “libérateur” qui fit sortir Israël de l’esclavage d’Égypte et qui par son propre péché sera privé d’entrer dans la terre promise. David, « homme selon le cœur de l’Éternel », ne voit pas son adultère meurtrier éclipsé dans les Écritures, mais est condamné par elles. Le peuple d’Israël se voit tour à tour loué et condamné pour ses actions. De même, dans le Nouveau Testament, les disciples de Jésus sont loués pour leur foi, pour être ensuite repris pour leur incrédulité.

Ce traitement de l’histoire et de ses personnages importants, par les Écritures, peut nous aider à nous orienter dans cette controverse. Nous proposons trois principes à considérer :

1-   Nous devons à la fois avoir un regard sincère et critique à l’égard de ceux qui nous ont précédés

S’il faut être blanc comme neige pour mériter une statue, aussi bien toutes les déboulonner. On peut admirer l’esprit politique d’un John A. MacDonald, sans à la fois taire les gestes condamnables qu’il a posé (scandale du CP, racisme anti-autochtones-métis-français, entre autres). Plutôt que de chercher à changer le nom de nos écoles, nous devrions plutôt utiliser cette opportunité pour confronter la réalité que chacun de nos personnages historiques ont un côté obscur. De l’autre côté, un regard non-critique envers ces personnages est aussi dangereux que les dérober du regard. De la même manière, nous ne devrions pas blanchir ceux que nous considérons des héros de la foi et ne devrions pas avoir peur de condamner l’antisémitisme de Martin Luther tout en l’admirant pour son courage en tant que réformateur.

2-   Tout regard sur le passé doit nécessairement nous donner le vertige

Un regard sur l’histoire n’est pas un regard en arrière, sur des événements qui ont eu lieu et qu’on a laissé derrière nous sur le chemin du progrès. Un regard sur l’histoire est un regard dans un précipice, un regard qui devrait nous faire considérer avec crainte et tremblement le fait que ceux qui ont commis des gestes innommables nous ressemblaient plus qu’on voudrait le croire. Comme l’histoire se répète, nous avons en nous la capacité de nous jeter dans le même précipice. Il est noble de considérer le passé avec un regard de compassion envers les victimes d’injustice, d’avoir de l’empathie, par exemple, pour les jeunes enfants autochtones que nos gouvernements ont arrachés à leurs parents pour les martyriser dans des écoles résidentielles. Notre devoir de mémoire ne se limite toutefois pas à considérer que nous aurions pu être ces enfants, ou qu’ils auraient pu être les nôtres. Nous devons aussi nous rappeler que nous aurions pu être ceux-là mêmes qui les martyrisaient. Ce vertige historique, au lieu de nous réconforter dans une fausse supériorité morale qu’offre le « progrès» , devrait nous amener à questionner nos propres actions aujourd’hui, et de nous repentir de nos propres oeuvres ténébreuses.

3-      Nous serons tous jugés

Paul écrit dans Romains 2.14–16 (LSG) « Quand les païens, qui n’ont point la loi, font naturellement ce que prescrit la loi, ils sont, eux qui n’ont point la loi, une loi pour eux-mêmes; ils montrent que l’oeuvre de la loi est écrite dans leurs coeurs, leur conscience en rendant témoignage, et leurs pensées s’accusant ou se défendant tour à tour. C’est ce qui paraîtra au jour où, selon mon Évangile, Dieu jugera par Jésus-Christ les actions secrètes des hommes. » Cette controverse nous rappelle que même si nous avons été pour un moment « éblouis » par les actions de personnages importants et leur avons parfois trop vite construits des monuments, la distance historique nous permet aussi de mieux percevoir leurs côtés moins reluisants; ces actions, parfois privées, cachées, qui furent découvertes avec le temps. L’Évangile nous rappelle qu’un jour, tout ce qui est caché sera découvert : un jour où, non seulement nos actions publiques, mais aussi nos pensées les plus secrètes seront dévoilées, un jour où ce ne sera ni nos contemporains, ni nos descendants qui nous jugeront, mais Dieu lui-même.

Considérant ces choses, nous ne devons pas chercher à « cacher » le mal de notre passé au risque d’essayer de blanchir notre propre histoire. Plutôt, nous ne devons pas craindre à regarder le mal commis par nos pères en face, à le considérer dans toutes sa laideur, à le condamner comme tel tout en réalisant que nous en sommes nous-mêmes entachés, et capables de le répéter. Peu importe combien nous nous repentons de notre passé, peu importe comment nous remplaçons statues, effigies et monuments, nous ne pouvons pas nous absoudre nous-mêmes de notre péché. Ce n’est pas en se posant comme juges que nous pouvons nous absoudre nous-mêmes, bien au contraire les Écritures nous rappellent que nous devons être jugés à la mesure qu’on emploie. Condamner nos pères n’enlève en rien de notre propre responsabilité, qu’elle soit personnelle ou commune.

L’espoir du croyant se trouve dans le fait que le juge de l’univers, du seul tribunal qui compte vraiment, ait envoyé son Fils sans tache porter nos propres fautes à la croix, afin de nous faire paraître un jour devant lui « sans tache ». Cet espoir ne nous déresponsabilise pas, bien au contraire, puisque la Croix nous permet de considérer pleinement la gravité de notre faute, et la grandeur de la grâce qui l’engloutit.

 

JC Jasmin.

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